Raid kayak de mer en Corse (du 1er au 10 octobre 2021)

Récit du raid de kayak de mer en Corse du nord, cru automne 2021.
Tout ne se passa pas comme prévu mais voilà une épopée qui restera mémorable !
Embarquez pour des anecdotes corsées, parfumées des senteurs du maquis, et imaginez vos orteils frétillants et pleins de sable dans les chaussons nautiques tandis que vos mains sont lentement confites par le sel de la Méditerranée.
A lire sur fond de chants polyphoniques corses ou, si vous préférez vous immerger dans l’ambiance sonore véritable qui nous accompagnée pendant dix jours : https://www.youtube.com/watch?v=m9YKrBU64xg 

Pause à Girolata, journée merveilleuse à la réserve naturelle de Scandola

Cette année, nous sommes 7 chanceux partis godiller le long des côtes septentrionales de la Corse : Dorine, Eric N., Eric V., Georges -l’organisateur sans faille-, Hervé, Murielle et Serge.

Vendredi 1er octobre

Energisés par le soleil qui brille fort en ce vendredi 1er octobre 2021, nous préparons nos bateaux, la remorque et le camion en vue du périple de 10 jours qui nous attend.
Georges a tout organisé d’une main de maître : le parcours Saint-Florent/Porto est tracé, les billets de ferry réservés, et le coffre est lesté de sacs débordant de nourriture. De quoi nous faire carburer pour les 200 km de navigation à venir !!

Nous rallions Toulon et son embarcadère. L’attente pour entrer dans le ferry est longue…et bruyante ! De gros moteurs ronflent et de vieilles carrosseries rutilent : le Rallye du tour historique de Corse se tiendra cette même semaine. Une fois embarqués, et un pique-nique sur le pont plus tard, chacun s’installe de son côté pour trouver un coin douillet où étendre son couchage.

Samedi 02 octobre – 6 km

Au petit matin du samedi, nous débarquons rapidement à Bastia et faisons halte boire un café avant d’aller chercher notre voiture de location à l’aéroport. Paraît que la tenancière est sympa, enfin c’est Hervé qui parle d’expérience !

Nous quittons le loueur et roulons jusqu’au port de Saint-Florent. On décharge tout le matos puis vient le moment fatidique de consulter les dernières prévisions météo. Cela est déterminant pour choisir le lieu de dépose du camion pour la navette. En effet, en ce mois d’octobre, le temps est instable et des orages sont annoncés. Nous ne tentons pas le diable et décidons que nous ferons escale à Calvi pour aviser sur la poursuite du parcours au regard de l’évolution de la météo. Nous chargeons les bateaux pour 3 jours. En attendant qu’Hervé et Georges fassent la navette jusque Calvi, Eric, Eric et Serge s’équipent pour quelques kms d’échauffement dans la baie de Saint-Florent, alors que le ciel s’assombrit. Dorine et Murielle gardent les bateaux restants, une manière de s’économiser (!).

Au retour des navetteurs, nous mangeons rapidement et embarquons ! Ca y est, nous sommes partis !  Nous laissons derrière nous Saint-Florent et sa citadelle. La progression est douce pour un début de raid, la mer est calme, et nous pouvons observer à loisir l’étendue du Cap corse à notre droite. A notre gauche, nous nous familiarisons avec le relief et le maquis moutonnant. Et faisons la rencontre de notre première tour génoise. Le littoral corse en comportait plus d’une centaine, aujourd’hui 67 sont encore debout. Elles existent depuis 5 siècles pour servir de poste de garde et d’alerte, pour prévenir l’arrivée de pirates !

Aujourd’hui, les 7 pirates rhodaniens contournent la tour et débarquent sur la plage de Fiume Bughju, qui borde le désert des Agriates. Première baignade ! L’eau est bonne et poissonneuse. Nous voilà en compagnie d’autres baigneurs sautant d’un zodiac que nous prenons d’abord pour les gardes côtes qui viendraient nous déloger ! Une fois la frayeur passée, nous installons notre camp, observant le ciel qui se charge sur les reliefs. Les moustiques de la zone humide s’invitent à notre table. Nous nous endormons en entendant la rumeur d’une fête au pied du Cap corse.

Dimanche 03 octobre – 29 km

Nous nous réveillons sous un croissant de lune horizontal, et petit-déjeunons copieusement : aujourd’hui, cap sur l’Anse de Peraiola, une trentaine de kms plus loin.
Nous longeons la magnifique plage du Lotu, quasi déserte en ce début d’automne. En pleine saison, elle est continuellement accostée par des navettes de touristes venus se dorer la pilule sur ce sable plus blanc que blanc. L’eau est d’une transparence absolue, et son bleu turquoise tranche avec le vert glauque du maquis en arrière-plan. Nos kayaks semblent voler plus qu’ils ne flottent.

Nous pagayons ainsi jusqu’à la plage de Ghignu, derrière la Punta Negra. Même ambiance éblouissante, nous nous abritons sous un cyprès pour ne pas risquer l’insolation lors de notre pique-nique. Comme à l’accoutumée, la salade au menu est réconfortante, riche en oignons…et en sable ! Une petite trempette plus tard, nous repartons en direction de Peraiola. Nous nous arrêtons juste avant, sur la plage de Vana, afin de ne pas subir le bruit de la route territoriale 30 qui surplombe la côte. Après une journée à longer un désert, et malgré la vue de quelques bateaux ancrés, nous nous sommes vite déconnectés du monde motorisé !

Notre enthousiasme à la perspective de nous baigner après cette longue journée est malheureusement très vite réfréné. En effet, alors que nous sommes en train d’accoster, une baigneuse se fait subitement piquer par une méduse. Les traces sur son bras nous dissuadent de vivre la même expérience. Tous ? Non ! Un irréductible kayakiste résiste encore et toujours à l’envahisseur, quitte ses vêtements et chausse ses lunettes de piscine. Hervé nage entre deux eaux, et ressort intact. Serge profite de la présence d’arbres pour tendre son hamac. Emmitouflés comme des paupiettes dans nos ponchos pour parer les assauts des moustiques, nous assistons à un magnifique coucher de soleil en direction de l’île Rousse. Comme une annonciation, la roche qui nous entoure révèle sa couleur rouge sous les derniers rayons.

Lundi 04 octobre – 26 km

Nous démarrons la journée avec entrain.  Le ciel est clair et le soleil déjà haut quand nous quittons la cale de Vana. Nous traçons tout droit à travers l’Anse de Peraiola, mais avons du mal à rester groupés, nous dérivons aisément avec le vent qui se lève. Une fois cette traversée effectuée, la matinée est contemplative. Nous apercevons au large de l’Île Rousse un voilier 5 mâts qui nous paraît gigantesque. Après un début de matinée à petit rythme, nous dépassons la Guardiola et faisons une pause rapide pour qu’Eric N. se déleste des poubelles.

Nous nous approchons du village, à la recherche du passage sous le pont routier qui relie l’Île de Pietra. Face à la capitainerie, nous faisons la rencontre d’une sirène de bronze, assise sur un rocher de granite. Son attitude prostrée nous semble triste, peut-être pense-t-elle à sa sœur danoise bloquée dans les eaux froides de Copenhague. Espérons que notre approche l’aura un peu égayée ! Le ciel s’assombrit, et, sans faire le tour des îles,  nous accélérons un peu la cadence pour rejoindre la plage de Bodri.

Là, une baignade s’impose ! L’eau est fraîche mais nous délasse. Nous entamons la préparation de la traditionnelle salade de pommes de terre. Eric N. fait la rencontre d’une locale loquace qui nous explique que la météo se gâte dans les jours à venir et qu’il faut en profiter aujourd’hui. Jusqu’à présent, nous dit-elle, la météo avait été idyllique.  Loin de nous la pensée d’être maudits, Hervé s’organise une petite sieste, et Serge chante le tango corse. Nous repartons prestement avec, dans le dos, un ciel de plomb. L’après-midi, entre quelques épisodes de rase-cailloux, nous observons l’urbanisation dévorante de la côte, avec des architectures plus ou moins heureuses et bien intégrées. La Loi Littoral semble n’être ici qu’une vieille légende…

Un coup d’œil par-dessus l’épaule nous incite à nous arrêter à la pointe de Sant’Ambroggio. Le vent s’est levé, la houle s’est formée, et surtout, derrière nous, des éclairs fendent le ciel. Il y a tant d’électricité statique dans l’air que quatre d’entre nous mettent immédiatement pied à terre, tandis que les trois restants s’interrogent sur le bien-fondé de poursuivre, afin de rejoindre directement le camion laissé dix kilomètres plus loin, à Calvi. La sagesse les fera débarquer aussi, rien n’assurant leur capacité à pagayer plus vite que l’orage à nos trousses ; ni notre capacité à débarquer dans les rouleaux. Nous sommes tous penauds, ne sachant véritablement où établir notre campement de rescapés. Des passants nous indiquent que le village de vacances Club Med au-dessus de la plage est complétement désaffecté. Le temps de se décider à en investir la pelouse et de hisser les bateaux en sûreté, la pluie s’abat sur nous et provoque l’inondation de certaines de nos toiles de tente ! C’est une drôle de soirée que nous passons là, à errer dans ce village de vacances en voie de délabrement, certains studios ayant clairement fait l’objet de squat. Nous y trouvons le réconfort d’une terrasse couverte pour dîner au sec nos boîtes de raviolis et nous endormons sous le grondement de l’orage qui s’éloigne.

Mardi 05 octobre – à terre

Au petit matin, la pluie s’est calmée, mais  les vagues sont grosses et les prévisions de vent ne sont pas bonnes pour nous permettre de reprendre la mer. Hervé et Georges partent en quête du camion garé dans la pinède de la plage de Calvi. Par chance, le secteur où nous nous trouvons est desservi par le « trinighellu », le chemin de fer qui traverse la Corse de Bastia à Ajaccio. De quoi s’éviter une hasardeuse séance de stop !  Aux alentours de midi, ils nous reviennent à Sant’Ambroggio, nous déjeunons et discutons des options qui s’offrent à nous. Nous décidons d’aller visiter Calvi, puis de tailler la route jusqu’au golfe de Porto. Les prévisions météo sont un peu plus clémentes sur ce secteur plus abrité, et les alternatives de visites terrestres valent le détour.

Calvi, citadelle sur son éperon rocheux, nous offre une balade bienvenue pour dérouiller nos jambes arquées dans les bateaux depuis deux jours. Nous flânons dans les rues, poussons la porte d’une église… Un glacier artisanal délecte nos papilles avec des saveurs ultra locales. Nous revenons au camion en longeant la plage, en observant le ciel clair et la mer qui ne semble pas si terrible vue d’ici…mais il faut se méfier des apparences.

Georges est notre pilote pour nous mener à Porto. Plus de deux heures de route pour 80 km, ça annonce la couleur ! En démarrant, nous ne savons pas encore où nous irons dormir. La route devient vite sinueuse, et nous constatons aux nombreux soubresauts que toutes les communes du coin n’investissent pas le même budget dans la réfection de l’enrobé ! Georges slalome entre les nids de poule tandis que nous observons le maquis s’obscurcir. La pluie reprend du service et, au détour d’un virage, un essuie-glace nous lâche. Petite pause pour un rafistolage de fortune. A la faveur d’une percée de réseau téléphonique, nous contactons différents campings, et celui des Oliviers accepte de nous recevoir tardivement. Nous n’aurons qu’à choisir un emplacement.

Arrivés sur place à près de 21h, les trombes d’eau qui ne cessent de tomber compliquent un peu notre choix. Le camping épouse la colline, et les terrasses ne sont plus qu’une boue collante. Forts de notre expérience de la veille, la plupart d’entre nous décide, pour cette nuit, de dormir sur la terrasse d’un chalet inoccupé. Eric N. pose sa tente sur la pelouse synthétique adjacente, tandis qu’Eric V. et Murielle investissent les banquettes du camion. La douche chaude est appréciable et la nuit sera finalement moins humide que prévue !

Mercredi 06 octobre – à terre

Au matin, les prévisions météo nous assignent encore au sol pour deux jours : trop de vent, trop de houle, malgré un soleil radieux…c’est très frustrant ! Alors, quitte à être là, nous prenons la décision de nous offrir le luxe d’une location de chalet. Fini le bivouac, fini le squat ! (Même si finalement notre terrasse de chalet ressemble à un camp gigantesque, avec tout notre matériel étendu à sécher).

Nous surplombons la rivière de Porto, dont le lit est parsemé d’immenses blocs de granite polis par la force de l’eau. C’est un endroit enchanteur.

Nous étudions la carte et décidons d’aller explorer à pied les gorges de la Spelunca au départ d’Ota. Pendant ce temps, Georges sera le gardien de notre demeure et notre éclaireur dans le port de Porto.

Le chemin muletier arpenté nous mènera jusqu’au village d’Evisa, 4 km plus loin, 650 mètres plus haut. C’est une véritable immersion dans le maquis corse : ça sent la myrte, et nous trouvons ici nos premières arbouses, ce petit fruit de la taille d’une cerise, rouge vif, à la chair orange, douce et acidulée. Nous croisons un genévrier arborescent. Le chemin se tient en balcon dans ce canyon granitique, puis nous approchons de la rivière pour emprunter le pont de Zaglia. Construit en 1797, il est typique de l’architecture génoise avec son arche unique en forme en dos d’âne. Une fois cet édifice franchi, le chemin devient un long zig-zag jusqu’à Evisa, qui nous offre, comme récompense, de superbes points de vue sur les gorges.

A Evisa, nous arrivons aux abords du cimetière bordé par une châtaigneraie. Nous trouvons un troquet où étancher notre soif, tenu par un homme aux abords rustres mais finalement fort serviable. Nous croisons quelques vaches en liberté, ambiance typique et attendue d’un village corse. Le soleil décline et il est temps pour nous aussi de penser à redescendre ! Les lueurs du couchant ravivent la chaude couleur des roches et nous accompagnent jusqu’au camion.

Au retour, nous trinquons avec Georges avec un peu de Pietra locale. Il nous montre des clichés impressionnants des énormes vagues qu’il a observées ce jour se briser sur la plage de Porto. De quoi nous abstenir de tout regret de n’avoir pas pris la mer ce jour !

Mer agitée à Porto

Jeudi 07 octobre – à terre

Nouvelle journée cloués à terre par la météo, nous décidons alors de descendre au sud en camion pour visiter Cargèse, à 30 km de là. La route, spectaculaire, serpente au-dessus des calanques de Piana. Nous traversons un relief découpé dans le porphyre rouge, une roche magmatique, où chacun peut laisser libre cours à son imagination.

L’histoire de Cargèse est liée à l’arrivée d’une colonie grecque en 1676. Venus du village de Vitylo, 600 Grecs ont fuit l’occupation turque et se sont installés dans un premier temps à Paoma. De nombreux conflits les opposèrent aux villageois et bergers corses occupant déjà les lieux. Le gouverneur de l’époque leur donna alors le territoire de Cargèse, et ils purent construire 120 maisons. Aujourd’hui, le village est connu pour abriter deux églises, construites au 19ème siècle, l’une en face de l’autre. L’une est catholique, l’autre orthodoxe dite de rite byzantin « grec-catholique hellène ». Cette dernière est unique en France.

De leur parvis, sous un soleil éclatant, nous observons la mer, qui moutonne légèrement. Nous décidons d’aller pique-niquer sur la plage de Peru, au pied de Cargèse. Le vent souffle mais ne nous retient par d’aller nous baigner un peu, malgré les rouleaux qui s’intensifient. Nous reprenons la route, faisons un arrêt au-dessus de Piana pour profiter du paysage (et cueillir encore quelques arbouses) : nous observons la baie de Porto et la Scandola qui plonge dans la mer.

Arrivés à Porto, nous allons au port boire une bière et goûter la mer, qui brasse encore pas mal. Le coucher du soleil fait flamboyer la tour génoise qui surveille le port. Demain, les prévisions sont plus clémentes : nous aurons la chance de naviguer au cœur de la réserve naturelle (marine et terrestre) de la Scandola, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Ainsi, nous mangeons en vitesse et préparons nos paquetages. Couchés tôt, car il nous faudra être demain à 8h sur l’eau !

Porto

Vendredi 08 octobre – 48 km

Nous nous réveillons motivés comme jamais, le ciel est encore étoilé, le temps promet d’être beau. Après un petit-déjeuner des plus consistants, nous lançons nos sacs dans le camion, attelons la remorque endormie sur le parking du camping depuis 2 jours, et déballons le tout au port. Il est 07h30, il n’y a pas de temps à perdre !

A 8h tapantes, tout le monde est prêt, nous quittons la marine de Porto et prenons le parti d’avancer un maximum le matin, en traçant le plus loin tout droit. Cap sur la Punta a Scopa. Nous faisons un petit stop pour manger un bout, et faire un tour de passe-passe pour fixer la pagaie de Murielle qui avait pris du jeu. La baie de Girolata s’offre à notre vue, nous mettons le cap sur la punta Scandola.

Les vieux loups de mer, Hervé et Georges, s’aventurent sur du rase-cailloux ambitieux. Entre deux rochers, Hervé « fluctuat nec mergitur ». Serge, probablement en mal de sensations fortes après trois jours à terre, lui emboîte le pas. Et s’offre, à l’improviste, un petit bain de mer inattendu ! Heureusement, à ce moment-là, la mer est encore calme ce qui permet un sauvetage pas trop houleux. Captain Georges empoigne et vide le kayak, et nous aidons Serge à réintégrer son bateau. Nous reprenons notre route toujours plus au nord de la réserve, vers la baie de Solana, mais le vent se lève et les vagues se forment. Nous avons les îles de Garganella et de Gargali en ligne de mire.

Nous ne sommes pas certains de pouvoir accoster sur la plage visée…alors nous rebroussons chemin pour faire une pause dans une crique un peu abritée. Là, nous sommes très occupés à apprécier la diversité des galets présents, du bois flotté et…des nombreuses bouteilles plastiques échouées là. Repus après un pique-nique nourrissant, à grand renfort de fromage qui pue autant qu’il sue, nous réembarquons.

L’après-midi est un émerveillement de chaque instant. Nous longeons au plus près les reliefs qui se jettent dans l’eau vert émeraude. Nous observons la multitude de formations géologiques qui s’offre à notre vue. La Scandola est la partie émergée d’un ancien complexe volcanique partiellement effondré en mer. On y trouve une grande diversité de roches volcaniques ainsi que des formations liées aux éruptions : lahars, pyroclastites, orgues rhyolitiques…Le lieu mériterait une visite plus approfondie et commentée, mais c’est déjà un régal pour les yeux. Les plongeurs ne doivent pas être en reste, cette réserve étant un haut lieu de biodiversité méditerranéenne !

Chaque détour, chaque anse, chaque cap, réserve son lot de surprises. Il y a de quoi se sentir tout petits au pied de ces falaises rouges, vertes et grises. La progression se fait à un rythme contemplatif. Nous arrivons en fin d’après-midi dans la baie de Girolata, dominée par son fortin désormais crépi de blanc. Nous faisons une pause expresse sur une plage à l’écart pour libérer les vessies et reprendre un peu d’énergie. Hervé ne résiste pas à l’envie de se baigner.

Nous devons accélérer l’allure car la courbe de l’astre du jour s’incline. Tandis que nous nous éloignons de la réserve, le relief est moins découpé, mais il se pare de chaudes teintes. Des chèvres sauvages nous toisent, en équilibre sur leur promontoire ocre.  Nous approchons, épousons la dentelle de ces rives, grapillant les dernières minutes du jour qui doucement s’amenuise. Notre excursion s’achèvera au-delà du coucher du soleil, qui sera l’un de ceux qui restent gravés dans la mémoire. Nous rentrons au port en allongeant nos mouvements, le spectacle est terminé, la lune nous surveille.

Après ces 48 km d’effort soutenu, nous voilà fourbus ! Mais tellement heureux d’avoir vécu une si belle journée sur l’eau après trois jours à terre. Sous les eucalyptus, le rangement des affaires se fait tant bien que mal, en essayant de ne rien laisser trainer dans la nuit. Nous rentrons bien vite au chalet pour nous attaquer à notre dernière épreuve physique de la journée : absorber des kilos de confit de canard et pommes de terre sarladaises !!! C’est une astuce pour être sûrs de ne plus tanguer une fois couchés.

Samedi 9 octobre

Le corps quelque peu engourdi, on s’active doucement pour nettoyer le chalet et préparer notre trajet retour. La journée sera consacrée à la route jusqu’à Saint-Florent pour récupérer la voiture-navette, puis jusqu’à Bastia. Derniers regards sur la mer qui nous a tenus à distance quelque temps. Pique-nique sur une plage bordée de tamaris à Algajola. Serge, notre chef diététicien, nous concocte des sandwichs de compétition.

Arrivés à Bastia, nous nous promenons dans les rues en attendant notre embarquement tardif.  Après quelques emplettes pour ramener canistrelli et autre charcutaille, nous jetons notre dévolu sur un petit resto dont la terrasse s’étend sous des arbres. En apéro, on nous sert des beignets de brocciu délicieux et nous trinquons avec du Cap Corse. En plat de résistance des pizzas aux recettes originales, et un vin de pays qui ne satisfera pas toutes les papilles 😉 L’estomac contenté, nous retournons au ferry, pour s’endormir sur la moquette des images plein la tête. A bientôt, la bien-nommée, l’île de Beauté !

Dimanche 10 octobre

Nous accostons en Italie, à Savone, juste après le lever du soleil. Nous sortons rapidement du ferry, pause café et c’est parti pour 7h de route ! Comme nous savons que ce qui compte, c’est pas l’arrivée c’est la quête, nous faisons escale à l’abbaye du Thoronet, édifice cistercien du 12 siècle. Nos pas résonnent dans le silence baigné d’encens de l’abbatiale. Nous arpentons cloître, dortoirs, cellier…  méditons sous le grand micocoulier qui en garde l’entrée. Il est l’heure de rentrer, mais avant, il faut manger. Second tour de sandwichs de luxe Sergio qualità !
La route se fera sans accroc jusqu’au club, où nous déposerons nos bateaux pas trop usés pour retourner à la réalité de nos vies quotidiennes.

Abbaye du Thoronet

Un grand merci, Georges, pour ce séjour corse. Nous pouvons encore une fois saluer ton organisation sans faille. Quand bien même tu ne commandes pas la météo, tu proposes des plans B terrestres judicieux.
Merci à tout l’équipage pour la bonne humeur, la bonne volonté, les anecdotes et les chansonnettes.

Dorine

Photos : Georges, Murielle, Serge, Dorine (ces photos à travers une pochette étanche ne rendent pas justice à la beauté des lieux, il faut y aller pour s’en imprégner !)